A qui le dis-tu?

– Pourquoi je n’ai pas de style ?
– Tu cherches au moins ?
– Heu…je pensais que c’était inné.
– Chez certaines personnes oui, mais pas chez toi.
– Et donc ?
– Cherche et tu trouveras.
– Je cherche mais je ne trouve pas. En fait je ne sais même pas ce que c’est avoir du style.
– La question n’est pas d’avoir du style mais d’avoir son propre style. Celui qui te permet d’être reconnu à la première lecture.
– Donc avoir son style c’est se distinguer des autres. Mais je ne veux pas me pas différencier des autres. Je veux juste écrire des histoires.
– Oui mais le problème c’est que tu écris mal. Rédige tes textes correctement. C’est la base même de l’écriture, sinon le lecteur ne plonge pas dans ton histoire comme tu le voudrais ou comme il se doit.
– Mais je fais des efforts.
– C’n’est pas vrai.
– Pardon ?
– Tu n’as toujours pas écrit un seul texte correctement.

– Ben…c’est-à-dire que
– Sois franc ne te mens pas.
– Mais c’est à toi que je parle !
– Joues pas sur les mots, tu es un multiki*. J’écoute !
– Si on le retouche j’ai l’impression que c’est n’est plus moi qui l’écris. Je sais, c’est con comme réaction. En fait j’ai du mal à accepter que l’on me dise ce que je dois faire.
– En effet, c’est très con comme réaction mais ça se comprend dans ton cas. Tu t’es toujours démerdé tout seul dans la vie : pas de parent, pas de mentor, pas de guide et tu rejettes la relation élève- professeur surtout que tu as toujours été l’élève. A un moment donné il faut accepter ses faiblesses si tu veux te dépasser.
– Ça fait un peu psychologie de comptoir ce que tu me racontes. Je ne suis pas un « Caliméro ».
– T’as vraiment du mal à accepter la réalité ! Surtout quand elle n’est pas en ta faveur.
– Bon, aide-moi plutôt à trouver mon style.
– Je t’ai déjà donné un élément de réponse. Alors creuse, il faut que ça vienne de toi. Je vais te guider. Pourquoi tu écris ?
– Parce que j’aime ça, non j’adore ça.
– Pour qui tu écris ?
– Ben…pour ceux qui veulent bien lire mes textes.
– Si tu fais des histoires classiques personne ne va les lire.
– Pourquoi pas ! Certaines personnes font des histoires banales et elles sont appréciées par beaucoup de lecteurs.
– Oui mais eux ils ont du talent, ça compense. Sois créatif
– On m’a déjà dit que je manquais de créativité.
– Non, une personne te l’a dit et tu t’es focalisé dessus, alors que d’autres t’ont dit que tu avais beaucoup d’imagination. Ton problème c’est que tu veux faire l’unanimité parce que dans ta vie tu as toujours été moyen, parce que tu es fainéant, tu es en manque d’affection, de considération. Tu envies et idolâtres les personnes qui excellent dans leurs domaines.
– Oh la ! Oh la ! C’est bon, arrête avec ça.

– Continuons. Tu aimes quoi comme littérature ?
– J’aime ce qui est hors du commun, qui me permet de m’évader. Une personne m’a dit que ce qu’elle recherchait dans un livre c’est apprendre des choses. Moi, je veux que l’on me raconte des histoires extraordinaires, qui me donnent des sensations, des émotions, des situations qui ne m’arriveront pas car elles sont irréelles, je veux juste rêver.
– Tu es un rêveur qui veut devenir écrivain. Continuons, à quel genre d’histoire tu penses en ce moment ?
– Des tranches de vie écrites simplement, toujours avec un fond de réflexion. Tout en laissant planer l’ambigüité autobiographique ou imaginaire. Un peu comme moi en ce moment.
– Ah ! On tient quelque chose là.
– Explique !
– Pour trouver ton style, sers-toi de ton vécu. Tu as eu une vie peu ordinaire, tu aimes observer et analyser le comportement de tes contemporains et tu as de l’imagination.
– Mais je n’ai pas envie de raconter ma vie !
– Ce n’est pas ce que je te demande.
-Je ne cherche pas un univers dans lequel je m’enfermerais sous prétexte que c’est mon propre style. C’est vrai que je me disperse, j’ai écrit toutes sortes d’histoires : sur Dieu, sur la mort, le quotidien. Du fantastique, du comique, du psychologique, du suspens etc.… mais ça reste des histoires banales. Tous ça pour dire que j’explore différents terrains pour trouver mon style, je me lance dans une voie mais elle est sans issue, je navigue en pleine mer et je finis par me noyer, je veux voler mais je reste au sol, je cherche mais je ne trouve pas, je ne sais même pas ce qu’il faut chercher, je ne sais même pas qui je suis. Je joue un rôle, celui d’être comme les autres pour me construire une personnalité, qui ne soit pas terne, sans saveurs, inexpressif. J’observe, j’imite. Alors plutôt que de me laisser gagner par la morosité, je me mets dans la peau de celui qui se distingue, qui maitrise, qui apaise, qui séduit, qui réveille les consciences. Je parle comme eux, je pense comme, j’agis comme eux. Ce n’est pas moi mais ça me plait d’être comme ça.
-Bingo !
– Comment ?
-Tu as trouvé la réponse à ta question « Pourquoi je n’ai pas de style ». Cherche d’abord à savoir qui tu es. A force d’observer les gens, tu es devenu un caméléon qui s’adapte à toutes les situations en empruntant le comportement des autres. L’inconvénient d’être un caméléon c’est qu’on est dépourvu de personnalité et cela se ressent dans tes récits.

– Tu avais la réponse et tu m’as obligé à parler de moi alors que je n’aime pas ça. Tu te donnes des airs de grand sage, car ça te plait ce rôle là. Tu n’as pas l’expérience ni la maturité d’un vieux sage. Tu te veux conciliant, conseiller, initiateur, professeur mais tu n’es que moi.
– Mais c’est déjà beaucoup. Et je ne suis pas comme toi.
– C’est vrai, tu es moi.
– C’n’est pas le sujet.
– Je crois que si. Pourquoi tu n’écris pas les textes à ma place puisque tu es si fort ?
– Je ne suis pas écrivain.
– Alors tu ne me sers à rien.
– Si tu veux te servir de moi, prends-toi en main. Tu vis dans le doute alors que moi je suis dans la certitude.
– Tu es prétentieux, je suis humble.
– Tu caresses les gens dans le sens du poil, je les mets devant le fait accompli.
– Tu blesses, je rassure.
– Tu donnes le bâton pour te faire battre, je prends les devants.
– Tu es provocateur, je suis arrangeant.
– Je suis tout ce que tu aimerais être. Je suis le reflet de ton image.
– Tu n’es ni mon reflet ni mon image. Tu n’existes que par mon bon vouloir. Tu fais partie de moi car tu es moi.
– Alors aussi complexe que cela puisse paraitre, tu sais qui tu es. Tu es finalement comme la plupart des êtres humains : ni beau ni laid, ni fort ni faible, ni méchant ni gentil mais tu assumeras et exposeras ces caractéristiques, ce qui fera toute la différence. Ca sera ton style.

OGA

 
* Les « multiki » n’ont pas une seule personnalité mais des centaines. Ils peuvent changer plusieurs fois par jour de personnalité ou au contraire garder la même pendant plusieurs semaines d’affilée, tout dépend de leur personnalité du moment!

 

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